Le plaisir de fumer : une illusion tenace

Quand on demande à un fumeur pourquoi il fume, on l’entend régulièrement nous répondre « parce que c’est bon » ou parce qu’il y prend du plaisir. Le perte potentielle de ce « plaisir » peut apparaître comme faisant partie de la peur d’arrêter. Mais de quel plaisir ou plutôt de quels plaisirs parle-t-on dans la consommation de tabac.

Le plaisir archaïque

Il s’agit d’un plaisir primaire, ancré dans notre cerveau reptilien. C’est le plaisir de manger quand on est affamé, de boire quand on meurt de soif. Ce plaisir est en réalité un soulagement. Il n’existe que parce la cigarette fumée vient de combler un manque. Il est le fruit de l’arrêt d’une souffrance. Combien d’entre vous sont-ils prêts à se faire mal volontairement juste pour éprouver du « plaisir » quand ça s’arrête ? Ce « plaisir » n’existe pas chez les personnes qui refument une cigarette après des mois d’abstinence parce qu’elles ne ressentent plus le manque physique depuis longtemps. Il est parfois présent dans la première cigarette du matin ou suite à une privation forcée (trajet en avion ou en train). Le reste du temps, les cigarettes sont fumées bien avant que le manque ne se fasse sentir.

Le plaisir hédoniste

Il s’agit du plaisir pour le plaisir. Il résulte d’une stimulation sensorielle vécue comme subjectivement agréable. Plaisir à savourer un plat délicieux, à être transporter par une musique qu’on adore. Vous souvenez-vous du goût de votre première cigarette ? Pas terrible ! Mais vous vous êtes habitués et maintenant vous aimez ce goût ? Il y a sûrement des produits que vous aimez plus que la cigarette. En êtes-vous pour autant devenus dépendants ? Non, parce que le propre du plaisir hédoniste est qu’on finit par s’en lasser. Au final, passé l’engouement des parfums menthol, vanille, caramel, rien n’est plus banal qu’une cigarette. Vous arrêtez vous souvent de fumer pour déclarer aux personnes qui vous entourent : « – Cette cigarette est vraiment délicieuse ! » La publicité pour le tabac  a longtemps cultivé cette promesse de plaisir hédoniste et c’est sûrement encore cette perspective qui attire une partie des jeunes vers le tabac mais ce plaisir est rarement présent lors des premières cigarettes et fini rapidement par s’émousser.

Le plaisir transfert

C’est un plaisir emprunté. Il n’est pas dû à la cigarette mais aux circonstances, à l’ambiance, à notre humeur quand on la fume. Ce qui est bon en réalité, ce n’est pas la cigarette, c’est le moment. Le manque empêchait de savourer cet instant de bonheur. La cigarette a levé l’obstacle. Mais par un glissement sémantique, un transfert de sens, c’est à la cigarette que le fumeur attribue la paternité du plaisir. Il crée inconsciemment un ancrage entre cette cigarette et le bonheur de l’instant vécu. L’apéro-cigarette à la terrasse ensoleillée d’un café. La pause clope de l’après midi où l’on peut souffler un peu et sortir la tête du guidon. La peur de perdre ce plaisir est une illusion. Après quelques semaines, une fois le manque chimique estompé, vous retrouverez ce pur plaisir d’exister absolument intact.

 

Les plaisirs liés au tabac sont des illusions. Le plaisir de voir grandir ses enfants, de mieux respirer, de retrouver l’odorat, d’être en bonne santé, d’avoir eu la force de se libérer du tabac sont quant à eux, bien rééls !

 

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